PERDU?

A force de me perdre, je me suis dis qu'il y avait surement quelquechose à faire...

ET POUR COMMENCER, UNE AVENTURE DE BARNABE :
Ce matin de bonne heure, Barnabé est parti en randonnée dans cette partie de la forêt qui lui est inconnue. Il a emporté avec lui un petit guide de randonnée détaillant des itinéraires touristiques ainsi qu’une carte afin de les situer. Sage décision.
Le temps est ensoleillé, les petits oiseaux chantent et après trois-quatre heures de marche et un bon déjeuner, il décide de prendre l'itinéraire de retour qui le ramènera à la gare. Il se dit que ce sera facile car, après un petit détour pour admirer le panorama, il lui suffira de prendre la route dans le sens inverse. Malheureusement, l'itinéraire proposé par le guide lui semble peu clair et il ne trouve les points de repère indiqués ni sur le terrain, ni sur la carte.
Il se dit que ce n'est pas grave et qu'il trouvera sûrement des indices en chemin. Il persiste donc pendant une bonne heure. Sa marche devient de plus en plus laborieuse et inefficace. Une pluie fine et pénétrante commence à tomber, ne facilitant ni la progression sur le sol rocheux ni la consultation de la carte maintenant trempée.
Ayant déjà perdu beaucoup de temps et ne voulant pas faire de haltes supplémentaires, Barnabé continue ses recherches sous la pluie… dans un état de stress grandissant.
Il se rend bien compte que le relief qui l'entoure ne correspond plus à la carte. Pensant qu'il vient de passer devant un des fameux points de repère de son guide, le coin lui semble malgré tout familier ; aussi, persiste-t’il dans sa course en avant, accélérant même le pas.
Il a consacré tellement de temps et d'énergie pour arriver jusque-là, qu'il lui semble impensable de faire demi-tour. Et puis, il est trop fatigué pour remonter toute la côte. Il se rattrape de justesse deux ou trois fois dans les pierriers et évite de peu de se blesser.
Il croise une promeneuse et son chien. Pendant un instant, il hésite à lui demander son chemin, mais il se ravise et la dépasse sans rien lui dire à part un petit « bonjour » nerveux.
Il ne veut pas passer pour un imbécile et demeure certain qu'il est toujours dans la bonne direction, sinon il n'aurait pas rencontré du monde. La « civilisation » doit être proche !

Un point sur ce que l'on entend par « perdu » :

Je fais une différence entre être « désorienté », « égaré »  et réellement « perdu ».
- Être désorienté : avoir perdu ses repères et/ou paniquer,
- Être égaré : être sorti du bon chemin,
- Être perdu : être égaré et désorienté. Les ennuis commencent vraiment.

Psychologie :

- Être désorienté : avoir perdu ses repères. Vouloir à tout prix continuer en avant, dans l'espoir de retrouver un point de repère, quelque chose de familier. Plus de 50 % de probabilité de se perdre réellement et c'est là qu'intervient l'état d'esprit de déni : on ne peut se résoudre à voir la réalité en face et à accepter que l'on soit perdu. Les prémices de la panique interviennent souvent dans nos choix.
Dans cet état d'esprit, il est facile de prendre ses désirs pour des réalités et de les superposer à sa vision du terrain (tel bosquet nous semble familier, tel signe sur un rocher...).
On peut marcher ainsi des heures, voire des jours, jusqu'à tomber de fatigue, de découragement, si on ne s'est pas blessé auparavant dans cette fuite en avant écervelée.

- Paniquer : voilà le réel danger où plus de 50 % de notre capacité d'analyse, d'observation et de réflexion est annihilé par nos réflexes primitifs de fuite et de violence. L'adrénaline a remplacé notre matière grise.

50 % désorienté + 50 % paniqué = 100 % de probabilité d'y rester
sauf, comme on dit dans les JDR, Intervention Divine ou intervention de sa Bonne Étoile. ;)

- Être égaré : être sorti du bon chemin, mais par expérience ou par chance, nous avons conservé nos repères et notre sang-froid.

Autre sorte de déni : rencontrer quelqu'un sur la route et ne pas demander son chemin ou de l'aide ou même éviter sciemment les sauveteurs (ça s’est vu) :

« On est grand(e), un homme/une femme intelligent(e), on sait se débrouiller tout(e) seul(e) et puis de toutes façons, le bon chemin n'est plus très loin »

Grave erreur.
Il faut savoir ravaler sa fierté mal placée, surtout dans ces circonstances.

Facteurs aggravants : conditions météo (froid, chaleur, pluie, neige, brouillard...), tombée de la nuit, fatigue, douleur, blessure, perte de moral.

QUE FAIRE LORSQUE L'ON EST PERDU ? :

Comme dans toutes les situations d'urgence, il faut se rappeler de l'acronyme S.T.O.P., comme le disent nos amis anglophones :

S : STOP !  Pas de panique, s'asseoir, souffler, se poser.
T : THINK ! Réfléchir. Faire le point de la situation avant d'entreprendre quoi que ce soit.
O : OBSERVER ! Observer son environnement, utiliser ses cinq sens, se repérer, s'orienter.
P : PLAN ! Se faire un plan, s'organiser, planifier, évaluer ses priorités et ses besoins, faire la liste de son équipement et ce à quoi il pourrait nous servir.

Donc :

- STOP ! On s'arrête, on s'accorde quelques minutes pour se vider l'esprit. Il est même permis et recommandé de s'asseoir, de faire quelques exercices de respiration ou de se faire un thé ou un café. On aura que plus de chances de s'en tirer avec un esprit clair et calme et un meilleur moral.

- THINK ! « Je suis perdu et c'est comme ça, je n'ai rien à me reprocher, mais maintenant je vais tout faire pour m'en sortir de manière intelligente et ordonnée. Quel était mon dernier point de repère sûr ? À quelle distance est-il ? Combien de temps ai-je mis pour parcourir cette distance ? »
C'est une bonne habitude à prendre que d'avoir une carte sur soi et de préparer son itinéraire avant de partir en randonnée, de bien identifier ses points de repère et de calculer la distance et le temps théoriques qui séparent chacun d'eux. Ce qui implique également de les relever sur le terrain et de jeter fréquemment un coup d'œil à sa montre. On peut également prendre des notes en cours de route. Il est important également de connaître son pas afin de savoir quelle est la distance parcourue.

- OBSERVER ! « De quelle direction est-ce que je viens ? Quelque chose de particulier attire-t’il mon  attention ? Quelque chose de particulier a-t’il attiré mon attention pendant mon parcours qui pourrait me servir de point de repère sûr ? » Cela peut être un point de repère visuel, mais aussi un son, une odeur que j'ai identifiés ou autre chose. « Est-ce que je peux avoir une meilleure vision de ce qui m'entoure sans me mettre en danger ? Où suis-je ? Dans quelle direction dois-je aller ? »

- PLAN ! « Que dois-je faire ? Est-ce que je suis sûr d'avoir repéré le bon chemin ou dois-je faire demi-tour afin de rejoindre le dernier point de repère sûr ? Est-ce que j'ai les ressources physiques pour atteindre mon but ? Si oui, les conditions extérieures (météo) me permettront-t'elles de le faire en sécurité ? » Si les ressources physiques et les conditions extérieures sont contre moi, il faut changer de plan et songer à s'arrêter plus longtemps et attendre, voire camper sur place et établir ses priorités. « Qu'est-ce qui est le plus urgent ? Est-ce que j'ai les ressources matérielles et les connaissances pour faire face ? Ai-je un besoin urgent de secours ? »


RETROUVONS NOTRE AMI BARNABE, QUI EST EN MAUVAISE SITUATION :
Barnabé a dû se résoudre à s'arrêter. Exténué, trempé, démoralisé, une cheville douloureuse, il s’est blotti dans sa couverture de survie entre deux rochers pour se protéger du vent.
Au bout d'une demi-heure, il se sent déjà mieux, le moral est meilleur et quelque chose a attiré son attention : le vent lui a apporté un bruit familier et encourageant, celui d'un train actionnant son klaxon et se déplaçant à grande vitesse. Il ne doit pas être loin de la gare !
Il se décide à réagir. Il enfile son poncho, qui demeurait inutilement dans son sac, bande sa cheville et attrape une branche pour se soutenir. Il ressort sa carte et prend ses repères dans le paysage, puis se dirige dans la direction d'où vient le vent. Au bout de quarante-cinq minutes de marche et quelques haltes pour vérifier son chemin, il a retrouvé le sentier principal !

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